Interview avec Xavier Jamaux, compositeur des musiques de films de Johnny To ; Sparrow, Accident, Three…

Nous avons rencontré Xavier Jamaux dans son studio à Paris où il a composé les bandes originales des plus grands films de Hong Kong pour Johnny To : Sparrow, Accident, Mad Detective, Three etc…
Xavier nous a parlé de sa passion pour Hong Kong, de ses rencontres avec Johnny To, de ses voyages au Japon et à Taiwan, ainsi que de ses futures collaborations avec Jay Jay Johanson et Tatiana Platon, top model et chanteuse…

Quel a été votre parcours avant de composer des musiques de film ?
J’ai commencé la musique en parallèle avec mes études de droit. Je faisais de la musique avec des copains. J’étais à Versailles et j’ai fait un premier groupe avec les membres de Air. Il y avait aussi Alex Gopher, un ami de lycée. Il y avait à l’époque peu de musiciens sur Versailles et on s’est tous retrouvés ensemble. J’étais batteur. Au début des années 90 les sampleurs sont arrivés. Ca nous a ouvert un nouveau monde et on a arrêté de faire de la musique ensemble pour être chez soi et bidouiller. Au début c’était assez sommaire. Après avoir acquis une certaine pratique, j’ai commencé à faire des morceaux. Ensuite j’ai fondé le groupe Ollano avec Marc Collin qui est maintenant avec Nouvelle Vague. On composait et j’écrivais les textes. Helena Noguerra et Sandra Nkaké étaient avec nous et chantaient. . C’était l’époque de Massive Attack, le son de Bristol, on était très influencé par ça.
Avec Helena on avait un morceau qui s’appelait Latitudes qui a très bien marché.

En 1996 Ollano était donc ma première sortie discographique. Il n’y a eu qu’un album, intitulé Ollano. On était déjà tous fans de musiques de films.
A cette époque, le réalisateur Jean-Pierre Limosin cherchait un compositeur pour faire la musique de son film, Tokyo Eyes. Il est allé chez mon éditeur BMG qui lui a fait écouter Ollano et ça lui a plu. Pourtant cet album était très acoustique et pour son film il voulait de l’électro. J’ai donc fait ma première musique de film en 97, et le film est sorti en 98. C’est une production franco-japonaise. Le réalisateur est français et il est allé tourner au Japon avec des acteurs japonais dont Takeshi Kitano. J’avais des affinités pour le Japon via la littérature et la philosophie Zen donc j’ai adoré travailler sur ce film, qui est un superbe objet cinématographique.

Suite à Tokyo Eyes avez-vous voyagé au Japon ?
Jean-Pierre Limosin est un fan du Japon. Il a fait beaucoup de documentaires sur le sujet, dont un récemment sur Hokusai pour Arte. J’ai fait la musique et Fabrice Lucchini fait la narration.
Entre temps je travaillais sur un projet solo qui est BangBang où j’invite des chanteurs et des chanteuses : Jay Jay Johanson, Garry Christian etc… J’ai sorti l’album en 99 et il a bien marché dans de nombreux pays.

Au Japon il y avait un label, Toys Factory, qui était friant de la French Touch. J’y suis donc allé pour la promo. C’était un an après la sortie de Tokyo Eyes . Sur place j’avais un ami, Alex from Tokyo, un DJ Français installé au Japon. Il a vu le film et il m’a emmené dans les (7) lieux de tournages, dont le fameux passage à niveau que j’avais vu des dizaines de fois en image à l’époque où je travaillais sur la BO. C’était mon premier séjour au Japon et j’en ai pris plein les yeux!

A propos de la French Touch, pourriez-vous nous aider à cerner ce mouvement ?
En fait la French Touch existe depuis longtemps! Josephine Baker, Edith Piaf ou Yves Montand en sont peut être les ancêtres. Mais pendant longtemps, on avait plus aucun crédit musical à l’étranger. Puis en 94 est apparu le label F Com, avec notamment Laurent Garnier. Une de leur devise était “We give a French Touch to electronic music”. A cette époque dans les années 90 il ne se passait plus grand chose en Angleterre, alors qu’ils avaient auparavant connus plusieurs mouvements successifs : le trip hop, easy listening, la drum&bass etc…. Ils se sont aperçus qu’il se passait quelque chose en France et ils ont repris ce terme. Ce mouvement regroupait à la fois les Daft Punk, Bob Sinclar, Laurent Garnier ; c’est-à-dire de la disco-electro ou la disco filtrée. Au sens un peu plus large je me suis retrouvé rattaché à ce mouvement avec Air, Alex Gopher, Kid Loco etc… Mais nous on faisait de la musique un peu plus “lounge”. J’étais sur un label qui s’appelle Yellow avec Bob Sinclar. Il était DJ et commençait à produire ces propres morceaux. Avec le mouvement French Touch, les DJ se sont mis à produire, comme cela se passait aux USA depuis longtemps. Mais pour nous c’était nouveau.

Après le succès de Tokyo Eyes, comment êtes-vous passé aux films de Hong Kong ?
Ca a mis du temps. Tokyo Eyes a été bien accueilli. Il a été présenté à Cannes dans la section “Un certain regard”. La musique été bien reçue également donc je pensais que j’allais enchaîner dans ce domaine, mais cela a demandé un peu plus de temps. Mon deuxième film c’était en 2001 : Entre chiens et loup d’Alexandre Arcady. j’ai co-composé des morceaux avec Philippe Sarde et j’ai fait des morceaux en solo aussi. Ils avaient besoin d’un musicien qui fasse le côté électronique.
En 2007, la productrice de Tokyo Eyes m’a appelé et m’a dit qu’un producteur Hong Kongais cherchait un musicien pour son prochain film, Mad Detective. Elle a vu des analogies entre ce film et Tokyo Eyes. Sa boîte de distribution, Celluloid Dreams, a un très beau catalogue. Elle est parfois co-productrice et parfois distributrice, ce qui était le cas ici.
Je ne connaissais pas ce cinéaste, à tel point qu’au téléphone j’ai cru comprendre “John Ito” au lieu de Johnny To ! J’ai eu un premier contact téléphonique avec Shan Ding, l’assistant de production. A l’époque Johnny To commençait à rencontrer du succès à l’international et ses films étaient présentés dans de nombreux festivals Européens. Beaucoup de gens appréciaient son sens de l’image et de l’esthétique mais pas vraiment les bandes sons qui étaient parfois en décalage. Il cherchait donc quelqu’un de nouveau. La collaboration a donc commencé comme ça. Il m’a envoyé le film, et j’ai fait 3 démos sur 3 scènes. L’assistant de Johnny To me les a renvoyé tronquées en me disant , voilà ce que Johnny To aime bien. Mes démos faisaient 3 minutes et il en avait gardé 10 secondes de chaque! Dans ces 10 secondes il n’y avait pratiquement pas de musique, c’était du sound design. C’est là ou je me suis dit que ca allait être compliqué… Pour avancer, j’ai choisi une scène qui me plaisait bien : le “méchant” qui a 7 personnalités apparaissait de temps en temps avec ses 6 autres personnalités incarnées dans des personnages qui se baladaient avec lui. Il y avait une scène un peu marrante avec les 7 qui marchent et “sifflotent” et du coup j’ai inventé un thème sifflé, collé à l’image. Quand j’ai envoyé ça à Hong-Kong ils étaient emballés!

Le deuxième film, c’était Sparrow. Johnny To le produisait lui-même et comme il a apprécié mon travail dans Mad Detective il m’a contacté directement. C’est ainsi qu’a commencé une longue collaboration entre nous, qui dure toujours. J’ai fait 6 films pour lui et d’autres pour les réalisateurs qu’il a produit, notamment Soi Cheang (Accident, Motorway) et Wai Ka Fai (Written by).



Comment s’est passé votre première rencontre avec Johnny To ?

J’ai fait deux films (Mad Detective et Sparrow) pour lui avant de le rencontrer! J’étais en contact avec son assistant donc je n’avais pas de feedback direct. Sparrow a été présenté au Berlin International Film Festival (Berlinale) en 2008 et j’y suis allé. J’ai reconnu Johnny que je connaissais de vue, mais lui ne me connaissait pas. Je suis me suis présenté, mais comme il ne parlait pas très bien anglais, il n’a pas compris et ne m’a pas identifié! Heureusement son assistant n’était pas loin et m’a présenté ; la rencontre est devenue plus chaleureuse et on était tous les deux ravis de se voir. Après, il y a eu des moments où la Cinémathèque faisait des rétrospectives sur ses films donc il venait souvent à Paris. On se croisait assez souvent notamment pour aller au restaurant car c’est un grand amateur de la cuisine française et de ses vins. Il aime les grands crus.

Quand êtes-vous allé à Hong Kong pour la première fois ?
Quand j’ai commencé à faire des musiques pour des films Hongkongais le gens me demandaient comment je trouvais Hong Kong… mais je n’y étais jamais allé!
Donc en 2011, je suis allé à Hong Kong pour le French May . C’est un festival qui regroupe toutes les disciplines artistiques pour promouvoir la culture française.Dans ce cadre ils ont fait un festival sur le film noir avec Johnny To et Jacques Audiard. Ils m’avaient invité également et on a fait ensemble une masterclass.

Ma première immersion dans Hong Kong était impressionnante, j’avais l’impression d’être dans un film : les néons, le bruit, les gens, les odeurs, les contre jours, la langue. Même les petits bruits comme le beep des feux rouges m’ont rappelé les films de Johnny To. A cette occasion je me suis rendu compte à quel point il est un bon observateur de sa ville, c’est un chroniqueur. Dans ses films Il y a l’action qui se passe, et le rapport à la ville, d’une façon très cinématique : la nuit tombe, les néons qui s’allument, les gens qui fument devant leur porche, ceux qui parlent fort tout à coup, la pluie torrentielle… Il chronique parfaitement sa ville. Il est amoureux de sa ville et ca se ressent dans son oeuvre. Hong Kong est un acteur à part entière de ses scénarios. D’ailleurs, contrairement à d’autres grands réalisateurs qui sont parti vivre aux USA, lui est resté vivre à Hong Kong.


Qu’aimez-vous le plus à Hong Kong ?

J’aime bien être bousculé dans mes habitudes, dans ma façon de penser ; c’est speed. J’aime les néons, l’architecture démente, presque mégalomaniaque, c’est à qui va faire la plus haute tour. Le rapport à l’argent, à la nourriture est assez spécifique également . Le contraste entre le luxe ambiant et les petites rues simples est frappant!
Lorsque j’y étais pour le French May, Johnny To nous a amené à la fois dans des restaurants très chics avec Ringo Lam et Tsui Hark, et dans des petits restos locaux pleins de charmes et d’authenticité.

Il m’a amené aussi à Macau et comme on était en dehors de Hong Kong on a pu parler d’autres choses que du boulot. Il s’est un peu plus confié sur la façon dont il envisagait sa ville. Il m’a emmené sur les lieux où il avait tourné Exiled, et dans des petits restos de nouilles avec une ambiance incroyable, comme dans les films!
Plus récemment j’étais à Hong Kong pour le Asian Film Awards où j’étais nominé pour la musique du film Three.

Vous avez voyagé à Taipei également ?
Oui, j’y suis allé en Novembre 2016 pour une nomination aux Golden Horse Film Festival and Awards. C’est un festival très important où tous les grands réalisateurs et acteurs asiatiques sont présents : taïwanais, coréens, chinois , hong kongais etc… C’est assez glamour, c’est un peu le Cannes de l’Asie. Même au niveau des sponsors on voit que c’est un événement important. Cela existe depuis plus de 50 ans. J’étais nominé pour la musique du film Three. La cérémonie se passait au Mandarin Oriental, un chef d’oeuvre d’architecture et de décoration art déco.

Quelles sont les étapes de création d’une musique de film ?
Ils m’en parlent avant, me présentent le synopsis, mais j’attend de voir les images pour me faire une idée. Avant, c’était une page vierge en ce qui concerne la musique et il fallait tout inventer. Maintenant ils mettent beaucoup de musiques temporaires. Ils ont déjà des idées, et cela aide pour le montage sans doute. Ca donne une couleur, parfois ils veulent retrouver cette couleur et parfois c’est le contraire ; le monteur me dit parfois qu’il a mis une musique mais que Johnny déteste, donc je vais devoir faire quelque chose de totalement différent. Du coup je bosse sur les montages sachant qu’ils peuvent beaucoup changer. C’est un peu une particularité de Johnny To et Milky Way, ils bossent beaucoup au montage. Ils peuvent presque refaire tout un film au montage. Bien sûr l’histoire ne va pas changer, mais ils peuvent refaire certains aspects de la narration en choisissant de faire plus ou moins intervenir un personnage. Ils ont cette liberté car Johnny To est indépendant, il filme quand il veut. Parfois ils m’envoient des montages où il manque des scènes qu’ils rajouteront plus tard, pour améliorer la compréhension de l’histoire . Pour certains films comme Sparrow, ils peuvent même tourner d’autres scènes après. Sparrow s’est fait en trois ans de tournage. C’était un projet auquel Johnny tenait beaucoup et qu’il voulait perfectionner .Il s’en occupait tout en travaillant sur d’autres projet, il n’avait pas de contraintes de temps ou d’argent sur ce film.

On vous laisse combien de temps pour composer ?
De moins en moins! Par exemple avant ils m’envoyaient un montage en janvier, je commençais à bosser et après ils me demandaient d’attendre car ils allaient tourner à nouveau des scènes. Donc je me mettais en standby. Ils me recontactaient en novembre et là j’avais déjà des bases. Parfois le film avait un peu changé donc il fallait s’adapter mais ca faisait des pistes.
Maintenant ils ont un rythme différent, ils me préviennent moins à l’avance. Ils commencent à bosser beaucoup sur le montage. Ils m’envoient donc un projet qui est bien avancé et ils me laissent au mieux un mois et demi mais en fait c’est souvent entre trois semaines et un mois. En plus, sur les derniers films comme Drug Wars ou Three, ils se calent un peu sur le calendrier des festivals. Par exemple s’il finissent un film en mars ils vont essayer de le présenter à Cannes en mai mais pour ca il faut que la musique soit finie. Ca laisse très peu de temps.

Quand vous faites un morceaux, qui choisit de son emplacement dans le film ?
C’est plutôt moi. Au départ je pouvais choisir quelles étaient les scènes à sonoriser. Mais maintenant avec la musique temporaire qu’ils mettent, cela me laisse peu de marge. J’essaie quand même parfois de leur dire que pour telle ou telle scène où ils ont mis une musique temporaire, on a pas besoin de bande son. Ils ont par ailleurs une tendance à mettre de la musique tout le temps, à l’américaine. Ce qu’on appelle “l’underscore”. Mais à force d’avoir de la musique en permanence on ne l’entend plus. Je les encourage à mettre moins de musique. Des fois ils mettent un thème à un endroit auquel je n’avais pas pensé pour rappeler un personnage par exemple. Donc en conclusion je sais où je dois en mettre, et avec leur musique temporaire je sais quelle couleur musicale il attendent.


Sur quoi composez-vous ? L’ordinateur prend-il de plus en plus de place ?

Oui l’ordinateur prend de plus en plus de place , surtout avec certaines productions car ce ne sont pas des budgets énormes. Johnny To a parfois des envies de musique classique ou en tout cas classique telle qu’on peut l’entendre au cinéma comme des cordes ou autres. Aujourd’hui on trouve des banques de sons fabuleuses, et pour peu que l’on sache en extraire le meilleur et les combiner peut presque donner une illusion d’orchestre. Mais ma spécialité n’est pas l’orchestre, je préfère les instruments un peu insolites, j’aime bien aussi les thèmes au piano. Et j’aime bien les textures un peu synthétiques mais ça passe mal avec Johnny car il déteste.


Vous composez tout ça dans votre studio ?
Oui j’ai mon studio ici, à Paris. J’ai quelques synthés, des guitares, des basses, une batterie et quelques percussions. Je travaille aussi sur l’ordinateur, je me sample. Au cours des années, j’ai acquis des banques de son énormes : par exemple, quand j’enregistre des musiciens et que je ne me sert pas de tout. Selon les besoins et les envies je peux puiser dans tout ce stock.

Pour le film Sparrow vous avez travaillé avec un spécialiste de l’erhu, ce violon chinois à deux cordes…

Oui cet expert s’appelle Guo Gan. C’est ce qui est intéressant avec la musique de film, j’explore des terrains inconnus. Pour Sparrow il y avait un vrai brief de la production. Ils voulaient une touche “Exotica”. Ils voulaient une musique qui sonnait un peu chinois mais surtout pas de la musique traditionnelle chinoise. Ils voulaient le fantasme de musiciens américains rêvant de la chine et composant de la musique chinoise des années 50/60. Exotica était un mouvement des années 50/60 avec des compositeurs américains comme Les Baxter et Martin Denny qui faisaient de la musique un peu lounge, un peu world music avant que ce terme n’existe. Ils essayaient des gammes chinoises avec des petits instruments bizarres qui ressemblent à de la musique chinoise aux yeux du public américain, mais pour les chinois ca ne leur parlait pas du tout. Pour Sparrow je me suis intéressé aux gammes chinoises et aux instruments traditionnels comme le erhu, le guzheng. J’ai cherché des musiciens qui pouvaient ajouter ça dans mes morceaux. J’ai fait des recherches, et par un ami qui travaille dans une maison de disque je suis tombé sur ce musicien très réputé, Guo Gan, qui travaille notamment avec le pianiste Langlang. Il est basé à Paris.

Vous avez travaillé sur un film avec Jacques Dutronc, “Joseph et la fille” ?
C’était un premier film d’un jeune réalisateur, et il voulait Cliff Martinez pour la musique. Cliff est entre autres l’ancien batteur des Red Hot Chili Peppers. Il s’est mis à la musique de film il y a un certain temps notamment pour Soderbergh. J’aime beaucoup son esthétique. C’est très percussif, mais sans coté agressif, les percussions font un peu des notes, des percussions harmoniques. Il utilise des instruments un peu bizarre comme le cristal baschet, le verre. Ses cordes ont une certaine texture.
Il était très populaire auprès des réalisateurs français. Finalement le réalisateur de Joseph et la fille ne la pas eu. L’agent français de Cliff Martinez me connaissait et m’a recommandé. J’ai été sélectionné et j’ai fait la musique. Au moment où ils étaient en train de finir le montage et le mixage, le distributeur a invalidé cette version du film. Ils ont dû tout refaire et m’ont prévenu que certaines scènes allaient disparaître ainsi que la musique qui allait avec. Cela ne me dérangeait pas d’autant que je trouvais qu’il y avait trop de musique dans ce film. Quelques mois plus tard ils me recontactent et me demandent de retravailler sur la musique. Mais ils ne voulaient pas ajouter de budget. La musique que j’avais composé pour la première version était très travaillée. Comme c’était un film français et que je voulais avoir plus de visibilité sur le marché français, j’avais commandé un orchestre avec 30 violons etc… J’avais déjà financé ca sur ma prime donc s’il fallait travailler à nouveau sur le projet, un ajout de budget était logique.
Toute l’équipe du film adorait la musique que j’avais composé, mais en final, pour ces raisons de remontage imprévus, elle n’a pas été utilisée! Donc j’ai la musique, mais elle était tellement spécifique au film que je ne pense pas pouvoir l’utiliser sur un autre projet.


Pouvez-vous nous parler de la compilation Music for Films ?
Voici l’origine du projet : Il y a quelques temps j’ai appris l’existence de la Villa Kujoyama à Kyoto. C’est un centre culturel français à l’étranger, avec une résidence d’artistes , inspiré par le modèle de la villa Médicis à Rome. J’ai monté un dossier pour eux en Janvier 2016. Pour faire ce dossier j’ai dû entre autres rédiger un CV pour la première fois de ma vie, et c’est ainsi que je me suis rendu compte que ca faisait 20 ans que je faisais de la musique et des musiques de film! Mon album Ollano est sorti il y a 20 ans, et il y a un morceau d’un album de Bang Bang qui avait été utilisé pour un film américain en 1996 également! Je me suis dis, c’est un anniversaire, il faut le fêter, il faut faire quelque chose. Par ailleurs, j’ai beaucoup de personnes qui me contactent pour savoir si je vais sortir un album pour la bande son de tel ou tel film. Mais le marché actuel de la musique de film ne permet pas forcément de sortir un album à chaque fois. Donc je me suis dit que pour répondre à toutes ces demandes en même temps je pourrais faire un album avec mes meilleures musiques de film. C’était intéressant pour moi car je n’avais jamais sorti de compilations auparavant. C’est un état des lieux de 20 ans de musiques de film.

Quel est votre prochain voyage en Asie ?
Lorsque je suis allé à Taipei en novembre j’ai fait des conférences sur les musiques de film et le cinéma. Ca m’a beaucoup plu car ça m’a permis de prendre du recul sur mon travail. C’était à l’Université Nationale du Cinéma et l’Université Nationale de Musique. Je leur ai parlé de mon expérience mais surtout de mes goûts, quels étaient les premiers films et les premières bandes originales qui m’ont marquées etc.. J’ai fait quelques contacts à cette occasion et j’ai été invité aux Golden Melody Awards, l’équivalent des victoires de la musique taïwanais, qui a lieu en juin prochain. Je vais participer à une table ronde et je vais enchaîner avec le Taipei Film Festival pour lequel je vais faire une conférence. Je serais avec Lim Giong, le musicien de Hou Hsiao-Hsien qui a fait Assassin, Millennium Mambo etc… Nous allons présenter notre pratique de la composition et expliquer comment se construit une musique de film.


Sur quels projets travaillez vous en ce moment ?
Maintenant j’ai 3 projects qui arrivent :
-Bang Bang, mon projet personnel avec des chanteurs invités. Je prépare un album qui est quasiment fini et qui sortira en 2018. Ca sera les 20 ans du premier album que j’ai publié sous Bang Bang. Plusieurs chanteurs interviennent : Jay Jay Johanson, Simon Lord le chanteur de Simian Mobile Disco, James Grant un chanteur écossais, et d’autres intervenants.
-Dans l’immédiat, en mai, je sors l’EP d’un projet qui s’appelle Platonique, plus disco, avec la chanteuse Tatiana Platon, qui est top model également.

-J’ai également un projet qui va s’appeler Gemme où j’écris en Français avec des accents un peu plus pop. une façon de revenir à mes influences quand j’ai commencé la musique; la pop française. Pour l’instant les chanteuses sont Helena Noguera, Barbara Carlotti , et Loane qui a fait des duos avec Christophe et Lenny Kravitz. Elles vont écrire certains textes également. Pour ce projet je vais chanter. J’ai déjà été chanteur dans le passé à quelques reprises, mais en général je préfère composer pour des chanteuses.
Il m’arrive de chanter de manière très sporadique et un peu caché. Sur certains disques on peut m’entendre, et également sur la BO de Sparrow : il y a un air où je fredonne.

Vous avez travaillé sur un film de Michael Haneke…

J’ai juste fait une petite participation . Haneke a fait un remake pour les USA de Funny Games. Normalement il met très peu voire pas du tout de musique dans ses films ou alors de la musique classique. Dans le film original il y avait de la musique très énervée d’un groupe de metal et il y avait une séquence dans une cuisine avec une personne jouée par Naomi Watts qui allumait sa radio pour écouter de la musique. La chanteuse a laquelle il avait pensé pour cette partie a refusé que sa musique soit utilisée car elle trouvait le film trop violent. Par l’intermédiaire d’un producteur j’ai été contacté et j’ai composé un morceau pour cette séquence. J’ai donc le plaisir d’avoir Naomi Watts qui allume la radio et qui écoute un de mes morceaux, dans un film d’Haneke! Et comme je suis un grand fan de cette actrice, ca me fait doublement plaisir.

Pouvez vous nous parler de votre collaboration avec Dior et Cartier ?

A une époque j’ai fait beaucoup de musiques de pubs. Cartier c’était pour une bague, ça s’appelait “La Bague” !
Pour Dior, c’était une synchro de la musique de Sparrow dans une pub asiatique, avec la participation de Charlize Theron. J’aime beaucoup cette actrice et c’est pour ca que j’ai accepté.

Un grand merci à Xavier pour son accueil, sa disponibilité et la spontanéité avec laquelle il a répondu à nos questions!

Pour se procurer les derniers albums de Xavier Jamaux, dont Music for Films :
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interview par Alexander@TravelJournalist.com facebook.com/alexandercontact